Alors qu’il prône une certaine rupture avec l’occident, l’activisme néo-panafricain se surprend lui-même à applaudir (contre-nature) les mécanismes de l’occident. 

En effet, dans le contexte où depuis plusieurs années, souffle sur le continent un vent d’activisme néo-panafricain, marqué par une forte impression  de rupture avec le Grand nord, il est fréquent de voir des réflexes à l’opposé de l’idéologie que prônent les tenants de cette théorie.

Dans les détails, en Afrique subsaharienne, le discours étriqué fondé sur une conception très réductrice de l’africanité se heurte à l’épineuse question des libertés publiques ( dont celle de la presse) par exemple.

Il n’est pas ainsi rare de voir dans les pays ayant proclamés une politique de  césure avec l’occident, une certaine forme de musellement de la presse. Une captation globalisée du principe du contradictoire, qui est l’un des principes essentiels à l’élaboration de l’Etat de droit, et aux principes d’équités prônés par les activistes néo-panafricains.

Ainsi, aux reproches formulés au système universaliste républicain hérité de la France, une sorte de mimétisme et une réplication des mêmes erreurs, voire pire. Le système néo-panafricain demeure pour ces Etats autant inégalitaire que celui qu’il dénonce. 

Accusant leurs prédécesseurs de ne pas jouer un franc-jeu et de se laisser tenter par le goût du pouvoir absolu, ces dirigeants néo-panafricains n’hésitent pas à éteindre tous les voyants du jeu démocratique souple que sont les élections, le pouvoir judiciaire ou encore la presse.

On pourrait de manière assez objective conclure que la teneur du discours contre l’Occident et la France en particulier, cache mal l’absence de projet politique et donc l’atteinte de l’idéal panafricain prêché en boucle. 

“Fascisation” du discours néo-panafricain

Il est clair que le discours néo-panafricain contemporain ait pris un virage extrémiste. Entre les appels à attaquer les symboles des institutions occidentales et l’homélie suprémaciste des tenants de cette idéologie, le néo-panafricanisme est en train de répéter les mêmes erreurs que l’impérialisme qu’il combat.

Au Sahel par exemple, il est soulevé fréquemment de fortes suspicions  de persécutions aux peuls. Même si les uns rejettent cette accusation (en la qualifiant d’infondée), il est fréquent bien même avant le vent néo-panafricain d’observer ce genre de scission sociale entre les peuples au Sahel, ce à cause de plusieurs facteurs.

Il est par exemple répandu une théorie selon laquelle la France financerait et protégerait les populations peules dans le seul dessein  de détruire l’Etat central. 

Dans une certaine mesure, de telles allégations demeurent des raccourcis faciles, avec pour but d’échapper à la réelle problématique qui est celle de la cohabitation ethno-religieuse en Afrique subsaharienne. 

Comme dans certains pays occidentaux où le discours faciste a pour indicateurs standards la haine de l’étranger, la haine religieuse et/ou raciale, ou encore la catégorisation et la stigmatisation sociales, les pays africains à la rhétorique néo-panafricaine s’enferment eux aussi dans cet exil idéologique qui dans le réel ne participe pas au développement de l’Etat sous sa forme universelle, républicaine.

Michel Glory Samuel TAKPAH, Journaliste togolais